Mais qu’est ce qui nous fait courir ?

Nous aimons le plaisir !

Vous vous rappelez que je parle toujours des émotions, ces réactions corporelles initiées par des impressions sensorielles, qui nous font aller vers quelque chose ou fuir ou attaquer ou se cacher.

J’aimerais rentrer avec vous plus dans le détail pour que vous compreniez bien que ce ne sont pas des idées (surtout pas de vagues idées de Jean Dubreuil dans son coin) mais que ces émotions et fonctionnement d’un cerveau profond sont des réalités biologiques bien étudiées, bien comprises en neuroscience. Mais très peu connues ou mal divulguées en général.

Aujourd’hui, je vais décrire des concepts en neurosciences en m’appuyant sur un livre fascinant intitulé « Homo biologicus » de Pier-Vincenzo Piazza. Cet ouvrage du neurobiologiste français regorge d’informations passionnantes sur lesquelles je reviendrai souvent.

Nous allons nous intéresser plus précisément à ce qui nous pousse à rechercher le plaisir.

Quand je parle de « cerveau profond », je fais référence à de nombreuses parties du cerveau situées sous le cortex. Ces régions, que vous verrez sur les schémas, sont des petites structures, des éléments disparates que l’évolution naturelle a ajoutés les unes aux autres pour construire notre cerveau. Ces diverses parties profondes agissent en quelque sorte de manière autonome.

Parlons du cerveau profond

Nous le recherchons constamment tout au long de notre vie, et cette quête du plaisir occupe bien plus de temps que les moments de plaisir eux-mêmes. Ces instants sont relativement courts comparés à l’effort de recherche.

Alors, qu’est-ce qui nous pousse à rechercher ce plaisir ?

Les neurotransmetteurs, des hormones qui stimulent diverses parties du cerveau, jouent un rôle crucial.

Le noyau accumbens, une structure située au centre du cerveau, déclenche le plaisir, l’aversion ou la motivation pour rechercher ou éviter des stimuli. Vous avez probablement entendu parler de la dopamine comme du « neurotransmetteur du plaisir ». En réalité, la libération de dopamine par le noyau accumbens ne génère pas directement la sensation de plaisir. Son rôle, et c’est essentiel, est de rendre agréables et intéressants les efforts nécessaires pour atteindre l’objet du plaisir.

D’autres hormones, comme l’enképhaline, sont responsables de la sensation de plaisir elle-même.

Or si l’on empêche la libération de ces hormones du plaisir chez des animaux de laboratoire, ils continuent de vivre. En revanche, si on bloque la libération de dopamine, c’est-à-dire la capacité à rechercher le plaisir, ils meurent, car ils perdent toute motivation.

La dopamine est donc cruciale, non pas pour ressentir du plaisir, mais pour le rechercher.

Cette quête du plaisir occupe une grande partie de notre vie.

Comme un bon croissant ?

J’ai pris tout à fait à dessein une très belle image de croissants et je suis sûr que cela vous en donne envie.

Piazza donne l’exemple de l’image d’un croissant qui suscite notre envie.

C’est l’image et le souvenir du goût qui créent le désir donc cette empreinte sensorielle dont je parle sans cesse. Dans ces moments-là, nous sommes prêts à tout. Personnellement, quand je fumais, il m’est arrivé de parcourir 150 km pour acheter des cigarettes.

On peut faire des efforts considérables, comme sortir par temps froid, pour satisfaire ces envies.

C’est la dopamine qui nous pousse à rechercher ce plaisir.

Une fois obtenu, le plaisir est agréable mais finalement bref.

À l’inverse, sans cette stimulation, même une simple demande comme aller chercher des croissants pour quelqu’un d’autre peut sembler fastidieuse, surtout si nous n’en avons pas envie nous-mêmes.

Sans dopamine, le chemin vers le plaisir devient un calvaire.

C’est ça le cerveau profond dont je parle sans cesse : une machinerie biologique qui réagit aux empreintes sensorielles d’un futur plaisir ou déplaisir. Et qui nous fait bouger par des mouvements du corps, des émotions !

Il y a d’autres centres dans le cerveau, d’autres hormones, comme le cortisol, qui jouent leurs parties.

Quand ces images apparaissent, tout un mécanisme biologique se met en route, influençant nos envies. Ces schémas d’images sensorielles liées aux émotions et aux mouvements biologiques du corps sont bien réels. C’est ce cerveau profond, avec ses différentes structures comme le noyau accumbens ou l’amygdale, qui vous fait agir dans un sens ou dans l’autre.

Le cortex ne joue pratiquement aucun rôle dans ce processus, si ce n’est par la manipulation d’images.

Vous voyez, tout s’articule parfaitement dans cette perspective. Il faut le savoir pour comprendre le réel libre-arbitre et agir en toute liberté. Ou avec plus de vraie liberté. Nous sommes une superbe machine biologique.