La semaine dernière, nous avons parlé du plaisir et du fait que c’est le cerveau profond qui nous pousse à agir pour obtenir ce plaisir.
Alors est ce que Plaisir et Bonheur seraient deux mots identiques ?
Certainement pas. Et curieusement nous pouvons vivre le bonheur bien plus longtemps que le plaisir. Et encore plus curieusement, notre société actuelle cherche les plaisirs bien plus que le bonheur.
Ce sont deux réactions biologiques totalement différentes, prévues par l’évolution pour des raisons différentes.
Aujourd’hui, nous allons approfondir ce sujet avec notre biologiste Piazza et son livre “Homo Biologicus”, en examinant pourquoi et comment le corps met en place différents mécanismes pour nous procurer le bonheur ou le plaisir.
Pour comprendre cela, il faut noter plusieurs points.
Notre corps, notre système biologique, cherche avant tout à maintenir notre vie et notre survie. Pour cela, nous avons besoin de certains éléments de notre environnement.
Commençons par l’air

Nous en avons un besoin absolu. Sans air ni oxygène, nous mourons en quelques minutes. La régulation de la respiration est donc entièrement automatique. Il n’y a pas de recherche de plaisir dans ce processus ; c’est automatique et constant, car l’air est omniprésent – sauf, bien sûr, sous l’eau, ce qui serait fatal. La respiration est donc un phénomène biologique automatique.
Examinons ensuite le besoin d’eau.
Nous pouvons survivre plusieurs jours sans eau, mais pas indéfiniment.

Deux systèmes entrent en jeu ici : le système endostatique, qui mesure les concentrations d’eau dans notre corps et nous incite à chercher de l’eau, associé au plaisir de l’obtenir, comme nous l’avons vu précédemment. Il est important de noter que le plaisir de boire est le plus intense quand on a vraiment soif. Si l’on boit plus que nécessaire, le plaisir s’estompe rapidement.
Curieusement, notre corps nous signale que c’est suffisant avant même que l’eau n’atteigne le sang, alors qu’elle est encore dans l’estomac. Continuer à boire de l’eau pure n’a alors plus d’intérêt.
Cependant, si l’on ajoute du sirop, des fruits, ou du Coca-Cola – en somme, du sucre – le plaisir revient. C’est ce qu’on appelle le phénomène exostatique, ce phénomène qui va au delà du nécessaire : le plaisir ne vient plus du besoin nécessaire d’eau, mais d’une envie supplémentaire, non nécessaire à ce moment comme le sucre, l’énergie.
Parlons maintenant de l’alimentation.
On peut résister longtemps sans nourriture, jusqu’à un mois de jeûne, voire plus, bien qu’on finisse par en mourir. Contrairement à l’air omniprésent et à l’eau généralement disponible, la nourriture était rare dans les temps anciens. Les famines étaient fréquentes, et l’abondance d’un jour ne garantissait pas celle du lendemain.

Nos deux systèmes se mettent donc en place.
D’un côté, le système endostatique pour le nécessaire immédiat : on a faim, on mange, on éprouve un plaisir immédiat.
De l’autre, le système exostatique nous pousse à manger plus que nécessaire pour faire des réserves. C’est pourquoi, même après un repas copieux, on peut encore trouver du plaisir à manger un dessert, alors qu’on ne pourrait plus boire d’eau pure.
C’est la raison pour laquelle nous ne savons nous arrêter de manger comme nous savons nous arrêter de boire. Et si nous avons beaucoup de nourritures à notre portée alors nous devenons obèses. Pas de régulation automatique pour la nourriture mais une recherche de plaisir.
Nous avons des mécanismes automatiques sophistiqués qui mesurent nos besoins en fonction de notre environnement.
Pour les ressources rares comme la nourriture, le système est plus complexe, intégrant des notions de plaisir pour nous inciter à faire des réserves et nous protéger pour l’avenir.
On arrive ainsi à deux notions très différentes : le bonheur et le plaisir.
Le bonheur, c’est l’absence de manque, principalement d’air, d’eau, de nourriture.
On cherche simplement à maintenir cet état. Comme on dit, « les peuples heureux n’ont pas d’histoire » : ils n’ont pas besoin de bouger ou de chercher quoi que ce soit. Le bonheur se suffit à lui-même.

Le plaisir en revanche veut bien davantage, il nous pousse à l’action pour aller chercher quelque chose de plus.
Comme nous l’avons vu avec la dopamine, il nous incite à chercher, à faire plus, à constituer des réserves.
Le bonheur se contente de ce qu’on a alors que la recherche du plaisir est sans fin.
Notre société actuelle privilégie la quête incessante de plaisirs au détriment du bonheur.
Cela nous mène à divers phénomènes addictifs, comme la surconsommation alimentaire, stimulée par des aliments toujours plus raffinés, mais aussi à de nombreuses autres activités qui nous poussent à une recherche constante de plaisir, à bouger, à consommer énormément.
En fin de compte, cela n’a rien à voir avec le bonheur.
