On considère souvent qu’aujourd’hui, nous sommes submergés par le stress, qu’il est omniprésent et représente un fléau de la vie moderne. En réalité, la sensibilité au stress varie grandement d’un individu à l’autre.

D’où vient le stress ?

Contrairement à l’idée reçue, le stress n’est pas toujours lié à une expérience désagréable ; il peut survenir face à des situations simplement nouvelles pour nous.

De plus, le stress n’est pas nécessairement négatif pour notre organisme. Au contraire, il mobilise nos ressources pour trouver des solutions et faire face aux défis. C’est son but ultime.

Cependant, pour que le stress soit bénéfique, il est crucial d’avoir la possibilité d’agir. Sans action, le stress peut devenir vraiment dangereux. Des expériences ont été menées avec des rats soumis à des chocs et SANS possibilité d’y échapper, ces rats meurent à la fin, même rapidement.

Le stress peut même provenir de situations que nous recherchons. Par exemple, passer un examen qu’on souhaite réussir ou rencontrer quelqu’un dont on désire l’affection peut être source de stress. Ou une activité que nous avons provoqué pour changer nos vies, comme sauter à l’élastique ou rencontrer un(e) partenaire.

Ce n’est donc pas toujours une situation négative, mais plutôt une circonstance où l’on doit donner le meilleur de soi-même. C’est comme si notre corps était une voiture dont on pousse le moteur dans ses limites — ce n’est pas bon de le faire constamment, mais il est normal d’en être capable.

A quoi sert-il ?

Alors c’est presque magique : notre cerveau et notre corps se mobilisent pour répondre au mieux à des défis variés. L’hormone stéroïde qui contribue le plus à l’état de stress est le cortisol, produit par la glande surrénale.

Le stress augmente notre concentration et laisse souvent des souvenirs particulièrement vivaces. Le gros inconvénient apparait lorsque des événements non-désirés, très désagréables restent ancrés dans la mémoire, avec toutes les émotions qui y sont liées.

Pourquoi ces souvenirs sont-ils si profondément gravés ? C’est systématiquement lié à une montée de cortisol. Une expérience vécue dans un état de stress s’inscrit différemment dans nos neurones qu’une expérience vécue dans un état apaisé.

Lors d’un pic de cortisol, tout l’organisme se mobilise pour trouver rapidement une solution. L’émotion et l’événement s’inscrivent alors très fortement dans le cerveau et y restent durablement.

Devenir tolérant au stress ?

Mais il peut aussi y avoir une désensibilisation : progressivement, l’organisme apprend que certaines situations ne sont pas aussi dangereuses qu’il le pensait initialement et réagit plus calmement. Les mécanismes d’évitement deviennent ainsi plus tolérants.

Une situation initialement désagréable peut même devenir agréable, voire désirée avec le temps. C’est pourquoi certaines personnes recherchent un travail intense avec un stress continu et s’ennuient en vacances.

Ce phénomène est particulièrement marqué dans les grandes villes, où les interactions sociales fréquentes génèrent un certain stress. Un homme primitif, peu habitué aux rencontres, aurait probablement du mal à supporter la foule, se demandant constamment si les gens autour de lui sont des ennemis ou représentent un danger.

Nous avons donc développé une grande capacité d’adaptation pour vivre dans les zones urbaines sans stresser à chaque rencontre ou événement impliquant beaucoup de monde.

Quand on vit dans un état de stress permanent — travail intensif, fortes sollicitations, environnement urbain dense — on peut finir par déplacer notre seuil de sensibilité au stress. On s’y habitue tellement que revenir à un environnement calme peut sembler désagréable, comme si on se sevrait d’une drogue.

Au lieu de trouver le repos agréable, on souhaite que le stress continue, car notre corps s’est habitué à cette sécrétion constante de cortisol. C’est comme un arrêt brutal de traitement.

Ainsi, pour un hyperactif toujours stressé, le « blues des vacances » n’est qu’un sevrage du cortisol produit en grande quantité toute l’année. Heureusement, après environ une semaine, on retrouve généralement un équilibre où les vacances redeviennent plaisantes. C’est ce qu’on appelle l’homéostasie, le retour à un état normal.

Dans certains cas graves, les gens ne parviennent plus du tout à revenir à l’état normal, tant ils sont habitués au stress chronique. C’est ce qui se passe quand notre corps devient dépendant de ses propres « drogues ».

Nous sommes les résultat de toutes nos expériences de vie

On peut aussi développer une addiction aux drogues externes, car on a pris l’habitude de stimuler la production de nos drogues internes.

Tout ce que nous sommes et devenons est le fruit de nos expériences.

Bien sûr, certaines de nos réactions sont déterminées par notre génome, mais la plupart du temps, ce sont nos expériences qui façonnent ce que nous sommes, modifiant même notre biologie.