Alors, je reprends la liaison avec l’article précédent, le premier article. Nous avons commencé, tout à peine commencé, à décrire ce que sont nos émotions.
Nous allons voir à quel point elles sont importantes, à quel point elles nous font réagir, à quel point elles nous font prendre des décisions, et surtout à quel point elles devancent la pensée.
Elles surgisent avant la pensée, avant notre conscience, et ça, c’est hyper important.

Donc voilà nos quatre émotions :
La joie, la seule positive, qui nous dit : « Vas-y, avance. » Tellement importante pour réussir sa vie, pour être heureux.
Les trois qui nous protègent : la peur qui nous fait fuir, la colère qui nous fait nous défendre, et la tristesse qui nous fait nous bloquer et nous prendre une position de repli.
Les émotions secondaires
Si les quatre émotions de base primaires apparaissent dès la naissance, de façon similaire chez tous les autres humains, et forment la base de la vie affective, fournissent les réactions rapides et essentielles à la survie, alors les émotions secondaires, en revanche, émergent progressivement avec la maturation du cerveau et les interactions sociales.
Les émotions secondaires, comme par exemple culpabilité, fierté, jalousie, orgueil, sont des émotions complexes qui sont des combinaisons, des prolongements des réactions fondamentales héritées de l’évolution.
Ceci permet de comprendre qu’on peut avoir un trouble émotionnel avec une émotion de base, comme la peur, qui devient trop forte, trop systématique. Voilà, ça, c’était le cas avec cette jeune femme qui avait peur des moineaux, donc une émotion primaire beaucoup trop forte sur ces volatiles.
On peut avoir une autre sorte de trouble, qui est un mauvais développement des émotions secondaires, qui nous empêche de nous socialiser.
Alors oui, j’ai eu une autre cliente qui n’arrivait pas à avoir une relation stable avec un homme et, à la limite, je dirais même pas de relation du tout.
J’utilisais beaucoup un certain exercice, qui était de demander à la personne de trouver des images de ce qu’était une belle relation entre un homme et une femme. Elle n’avait seulement trouvé qu’une image : deux personnes assez éloignées qui se touchent à peine.
On peut donc dire que ses émotions secondaires dans l’approche d’un homme étaient très complexe, entre la peur, le désir, le non-désir et probablement la tristesse, en même temps que le blocage. Peut-être même qu’il y avait la colère. En tout cas, pas une émotion primaire de joie forte !
Donc, les émotions secondaire peuvent, socialement, et sans que ça se remarque vraiment, nous jouer de mauvais tours.
Ce qui veut dire que les émotions, non seulement, sont là pour notre survie biologique, mais aussi pour notre vie collective et morale.
Ce sont les émotions qui constituent une architecture complexe où se mêlent des instincts anciens, innés chez tout le monde, et des constructions culturelles qui peuvent être différentes suivant les pays, les personnes.
Le rôle des émotions
Donc, il y a le rôle des émotions qui nous protègent contre un danger soudain, qui sont donc des mécanismes de survie. Mais elles construisent aussi une mémoire affective qui oriente nos comportements futurs, parce que lorsqu’une situation déclenche la peur, le corps et le cerveau en gardent une trace.
Cette empreinte émotionnelle sert ensuite de repère pour éviter la répétition d’une expérience négative. L’enfant qui s’est brûlé en approchant sa main du feu n’aura pas besoin d’une longue réflexion pour s’en éloigner la fois suivante. L’émotion s’inscrit dans le corps et dans le cerveau, avec des balises qui orientent la conduite à venir.
Ceci est extrêmement important pour nous, parce que notre histoire va, de par notre passé, nous construire un futur, et si on ne fait rien, des comportements automatiques vont se mettre en place. Et déterminer tout notre futur.
C’est ainsi que cette jeune femme, qui avait peur même des moineaux, m’a raconté qu’elle avait eu une très grande peur initiale, toute petite, d’une autruche qui s’était approchée d’elle.
Cette émotion de peur très forte, initiale, primaire, a conditionné ensuite des peurs sur tous les volatiles. C’est automatique, ça se met en place pour notre survie, sauf qu’à parfois, ça peut être juste à côté de la plaque
Replacer les émotions au cœur même de notre vie, de notre rationalité même, ne signifie pas les ériger en maîtres incontestés. Elles peuvent être trompeuses, exagérées, manipulées, mais leur absence n’apporte pas la sagesse.
Elle crée un vide où la pensée perd ses repères.
Le véritable équilibre ne consiste pas à les supprimer, mais à les reconnaître, à les comprendre et éventuellement à les modifier.
Les sentiments
Lorsqu’une émotion surgit, le corps tout entier s’active. Le cœur accélère, les muscles se tendent, la respiration change de rythme, les hormones circulent différemment. Mais ça, c’est au niveau biologique. C’est un état physiologique. Ce n’est que lorsque le cerveau enregistre et traduit ces changements que l’expérience devient un sentiment.
L’émotion est une réaction, le sentiment est une représentation.
L’un mobilise et organise pour l’adapter à la situation, l’autre fait entrer cette réaction dans le champ de la conscience. C’est fondamental. C’est la différence, peut-être, entre une musique produite par un instrument et une mélodie telle qu’on l’entend.
Le corps joue les émotions, et le cerveau, en les intégrant, fait naître le sentiment comme expérience vécue.
Sans le sentiment, sans cette représentation, l’individu est soumis à des réactions automatiques, sans savoir qu’il a peur, qu’il est en colère, qu’il a de la joie.
Le sentiment, ce n’est pas un miroir : il donne un sens à l’émotion en la reliant à l’histoire personnelle, à la mémoire, au langage intérieur. C’est probablement ce qui nous sépare des animaux, qui vont moins comprendre leurs émotions en réagissant tout simplement pour leur propre survie.
Prenons un exemple. Quand on écoute, en se promenant, un bruit dans les buissons, on a une réaction corporelle : l’accélération du rythme cardiaque, la tension musculaire. Mais c’est quand le cerveau capte ces signaux du corps et les assemble qu’apparaît la peur consciente.
William James le disait : « On ne fuit pas parce qu’on a peur, on a peur parce qu’on fuit. »
Donc, le sentiment n’est pas dans le bruit, il n’est pas dans l’adrénaline, il n’est pas dans le corps. Il est dans la représentation mentale des changements corporels.
Il fait entrer l’expérience dans la conscience, et l’individu se dit : « J’ai peur. »
Il permet l’apprentissage parce qu’il permet d’enregistrer dans la mémoire une expérience, et cela aura des conséquences sur le comportement futur.
Le sentiment, c’est une coloration personnelle, une dimension intime qui va marquer durablement le souvenir. Deux personnes peuvent avoir la même émotion et l’interpréter tout à fait différemment.
Le sentiment ne va pas seulement nommer une émotion : c’est une carte intérieure, une représentation vivante de l’état du corps.
Le cerveau tient en permanence cette carte. Toutes les modifications qui surviennent dans l’organisme la transforment en expérience subjective. C’est dynamique, ça change à chaque instant. C’est ça qui permet de se sentir présent, d’habiter son corps, de savoir qu’il est vivant, et vous verrez que c’est la base de la conscience








