J’aurais pu dire aussi que, dans mes 25 années de travail dans mon cabinet de thérapeute, je n’ai jamais rencontré de patients ayant un problème parce qu’ils n’étaient pas assez intelligents. Jamais personne n’est venu pour ça.
Alors, quels étaient leurs problèmes cruciaux ?
Un jour, vient dans mon cabinet une jeune femme, peut-être 35 ans, très bien, très intelligente, tout à fait normale et même agréable. Elle me dit : « Monsieur Dubreuil, j’ai un problème. J’ai peur des poules, et même, je dois avouer, j’ai peur des moineaux. »
C’est très surprenant d’entendre une personne adulte, tout à fait normale par ailleurs, vous avouer une peur aussi « stupide » que normalement on ne peut pas avoir. Cette peur, c’est une émotion, et ça n’est pas avec le cerveau qu’on peut la traiter. Disons, ça n’est pas avec l’intelligence.
Donc, on peut être très intelligent et avoir une émotion, c’est-à-dire une réaction viscérale que l’on ne peut pas juguler et qui vous pose de gros problèmes. Je vous expliquerai plus loin ce qui s’était passé, pourquoi et où ça intervient.
C’était toujours ce qu’ils appelaient le chaos de leur vie intérieure, leur phobie, leur panique, des crises sous différentes formes, leur tristesse, leur dépression, c’est ça qui leur gâchait la vie.
Alors, moi, je dis que ce qui nous pose tous les problèmes, qui nous empêche d’atteindre les objectifs que l’on a, ou d’être riche ou d’être heureux à 100 %, c’est toujours les émotions. Ou plutôt la gestion de nos émotions.
Mais on met plein de choses sous le nom d’émotion, plein de choses différentes. On dit que la peur est une émotion. Bon, ça, c’est plutôt une véritable émotion, mais on dit aussi qu’on a des émotions comme le désir, la jalousie, la timidité, une phobie, etc. Tout ça ne sont que des dérivés d’émotions qui sont en fait des sentiments.
C’est là-dessus qu’on va discuter et séparer
ce qu’on appelle les émotions,
ce que sont les sentiments
et comment on peut gérer ça.
Si vous savez les gérer, vous avez toutes les chances d’avoir une fort belle vie ! Et pas besoin d’être très intelligent, ça n’a rien à voir.
Ma référence, la théorie qui soutient tout mon travail
Alors là, pas de mystère. Ma référence, c’est Antonio Damasio. Avant même que je me forme et que je crée un cabinet, j’avais acheté ces livres, sans d’ailleurs être capable de les lire. Je les avais mis de côté, même pas ouverts.
Et puis, dès que j’ai commencé à travailler, je les ai lus, et là, passion absolue. Quel style, quelle clarté, quelle compréhension de ce qu’est l’humain. Une merveille.
Et tout le travail d’Antonio Damasio a guidé sans cesse mes expériences et mon travail de thérapeute, et celui-ci, de même, est venu enrichir ce que j’avais appris d’Antonio Damasio pour le concrétiser. C’est toutes ces connaissances que je vais vous redonner au fil de ces articles.
Qu’est-ce qu’une émotion ?
Précisons d’abord le cadre. Nous sommes des humains, mais bien au sein de ce que sont les mammifères et tous les animaux.
Or, quand un animal ou un être humain se retrouve confronté à un danger, la réaction est immédiate : accélération du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, libération d’adrénaline, mobilisation des muscles. Ce mécanisme n’a pas besoin d’être appris, il se déclenche automatiquement.
Ce sont les émotions qui remplissent ce rôle d’adaptation, qui organisent le corps et le cerveau pour répondre à une situation nouvelle ou dangereuse.
La peur prépare à la fuite.
La colère mobilise l’énergie nécessaire pour affronter le danger.
La tristesse, de son côté, incite au repli, à la récupération après une perte. Tristesse qui peut aller jusqu’à un blocage complet, jusqu’à faire le mort dans certains cas en face d’une agression.
Toutes ces réactions, inscrites dans l’histoire d’évolution, ont permis à l’espèce humaine de survivre dans les environnements hostiles bien avant l’apparition de la culture.
Les émotions sont des programmes biologiques, ce ne sont pas des faiblesses irrationnelles, ce sont des outils de régulation.
Le cerveau est capable de détecter une menace ou une opportunité avant même que la pensée consciente n’intervienne. Et voilà, ça, c’est très important. Votre intelligence, c’est après la réaction des émotions. Voilà la base même sur laquelle nous allons travailler.
Pourquoi des émotions avant que la pensée consciente intervienne ? Simplement pour aller plus vite.
Parce que si tu vois une silhouette, si quelque chose de dangereux surgit et qu’on ne sait pas ce que c’est, il y a un sursaut avant que l’esprit ait identifié si c’est dangereux ou pas. C’est un avantage adaptatif : mieux vaut réagir trop vite que trop tard, donc les émotions nous font gagner du temps.
Les émotions, c’est gagner du temps : c’est mettre le corps en état d’alerte et fournir à l’esprit des informations nécessaires pour agir.
Il n’y a pas que pour la survie : la joie ou le plaisir, c’est aussi l’adaptation. Il signale que l’organisme est dans un contexte favorable, favorable à l’exploration, à la reproduction, la coopération, ou simplement à manger et à se nourrir.
L’émotion, c’est une réaction du corps pour réagir.
Et il n’y a que quatre manières de réagir possibles :

On fuit parce que c’est dangereux et qu’on n’a pas du tout les moyens de faire autre chose que de s’en aller : c’est la peur. La peur, c’est une émotion primaire.
On peut attaquer et se défendre, et ça, c’est la colère, dans laquelle on va montrer de l’agressivité et essayer de s’en sortir de cette manière-là.
C’est pas possible de fuir, c’est pas possible d’attaquer, alors on va faire le mort : on va se bloquer. C’est la tristesse, c’est le repli sur soi. Des animaux font le mort pour éviter d’être mangés. Souvent, les prédateurs trouvent que c’est pas intéressant et laissent le soi-disant cadavre. Ça marche bien, mais bon, c’est aussi la dépression, et c’est pas terrible, terrible dans notre monde parfois. On peut vous laisser de côté, mais vous pouvez aussi y rester.
Il y a la joie, il y a le bonheur d’avancer. Nous allons longuement en parler plus tard avec le “conatus” de Spinoza, etc. Il y a beaucoup de choses à dire là-dessus.
Donc, quatre émotions de base primaires, biologiques, corporelles, c’est l’essentiel.
Après, nous regarderons tout le reste des émotions secondaires et ce que sont les sentiments.






