Nous avons vu que nos émotions sont des réactions biologiques, des réactions du corps en fonction de l’environnement, des événements qui nous arrivent.
Revenons sur le point essentiel : ce sont des réactions primaires de survie, donc des réactions, des mouvements corporels qui nous éloignent du danger.
C’est la peur qui nous fait fuir, éviter et s’en aller du danger .
C’est la colère qui nous fait se bagarrer, se défendre, et donc qui vient avec de l’agressivité.
C’est la tristesse, un nom qui décrit ces réactions qui nous bloquent, qui nous font ne pas bouger en attendant que ça passe, qui peut dégénérer dans un blocage complet en dépression.
Et puis, c’est la joie qui signifie qu’on trouve que tout va bien, que c’est le moment de manger, de se nourrir, que c’est le moment d’avoir des relations, y compris sexuelles, de se reproduire, qu’on peut aussi se reposer tranquillement. C’est le moment de détente, de repos, dans lequel on profite de la vie.
Donc, quatre émotions de base : trois qui nous protègent et une qui nous fait profiter de la vie.

L’empreinte sensorielle
Donc, des réactions corporelles, mais qu’est-ce qui les provoque ? On a dit que c’est ce qui se passe dans l’environnement. Mais bon, le cerveau, il est dans la tête et il ne voit rien qu’à travers les sens.
Notre cerveau connaît le monde à travers nos sens, c’est-à-dire qu’il reçoit des impulsions chimiques et électriques qui le renseignent. Il les reçoit par les oreilles, par les yeux, par les sensations. Il n’est en contact direct avec rien directement.
Il reçoit l’intégralité de ce que les sens lui transmettent, la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat ou les propriétés intéroceptives qui proviennent du corps, y compris le toucher. C’est toutes ces informations nerveuses qui vont faire une sorte de carte de sensations et qui vont s’associer à une émotion.
Cet ensemble d’informations provenant de tous les sens, des rafales d’informations chimiques et électriques qui proviennent au cerveau et qui excitent des millions de neurones d’une manière particulière, c’est ça qu’on appelle une empreinte sensorielle.
La première fois qu’un être humain, mais aussi bien sûr un animal, rencontre une nouvelle situation, c’est-à-dire une nouvelle empreinte sensorielle, il va chercher une solution pratiquement automatiquement. Ça sera une émotion primaire.
S’il a survécu, s’il a bien passé la barrière de cette expérience avec l’émotion adéquate , il va l’associer à cette empreinte sensorielle : une empreinte sensorielle donne une émotion.
Ce qui nous importe, c’est que la leçon va s’apprendre une fois pour toutes.
Si la gazelle a échappé au crocodile, elle va, sans mots, bien sûr, : le goût de l’eau, le bruit, l’espèce de buche qui flottait dans l’eau, l’odeur peut-être. Cette empreinte sensorielle spécifique va s’associer automatiquement à l’émotion “fuite” : « Attention, très grand danger. Fuir. »
L’expérience, si on a survécu, bien sûr, on la retient comme une leçon à vie. Plus l’émotion a été forte, c’est-à-dire plus le danger a été grand, et plus on la retient bien.
La mémorisation, c’est très simple : l’empreinte sensorielle spécifique, ou une petite partie de cette empreinte sensorielle, déclenche une réaction du corps, l’émotion adéquate, en tout cas celle qui a été initialement adéquate.
C’est le cas pour toutes les émotions sur un danger, bien sûr : la peur, la colère, puisque peut-être on a attaqué et on s’est bien défendu et on a gagné, ou la tristesse., c’est-à-dire, pour les animaux, par exemple, faire le mort, laisser passer l’orage, et ça aussi, a été sans doute une bonne solution. On a bien appris la leçon, et elle est retenue puisque ça a été une bonne solution.
Dans la nature, une mauvaise solution, on n’est plus là, on n’existe plus parce qu’on n’a pas fait la bonne chose, donc on n’en parle même pas.
Mais c’est vrai aussi pour la joie : quand quelque chose nous a fait tout à fait plaisir, on a, quand revient un petit bout de l’empreinte sensorielle, une grosse envie de recommencer. D’où, d’ailleurs, des addictions, parce que si on a mangé un très bon pain au chocolat, on a envie de tous les pains au chocolat chaque fois que l’odeur surtout nous revient.
C’est ainsi que notre vie est un long chemin parsemé de milliers de millions d’empreintes sensorielles, chacune associée par l’expérience à une émotion a priori adéquate.
Merveilleux, non ? Eh ben oui, c’est très, très bien fait. La nature est très bien faite et cela assure la survie de tous les animaux, y compris les humains.
Sauf que, pour nous humains, certains problèmes se posent parce que notre vie est longue, dans un univers qui Évolue très vite et considérablement. Nous allons en parler dans le prochain article





