Après vingt-cinq ans à accompagner des gens face à leurs pires souvenirs, j’ai compris une chose : ce n’est jamais moi qui effectue le travail.
C’est votre cerveau profond, tout seul, pendant qu’on joue à un jeu tout simple. Je vais vous expliquer exactement ce qu’on fait, et pourquoi ça marche même si, sur le moment, vous n’y comprenez rien.
Ce qu’on fait vraiment
Ce « jeu » s’adresse à la partie inconsciente de votre esprit — des circuits plus anciens que le cortex, qui ne parlent pas avec des mots mais avec des images sensorielles : ce que vous avez vu, entendu, senti, touché. On appelle ça, pour simplifier, le cerveau profond.
C’est pour ça qu’il est inutile de raisonner une peur, une panique ou un blocage. Vous pouvez vous répéter cent fois que ce chien n’est pas dangereux, ça ne parle pas la même langue que la peur elle-même.
Ce que votre cerveau profond ne comprend pas: Les mots, les explications, la logique.
Votre cerveau profond comprend : Les images, les sons, les odeurs, les sensations du corps — l’empreinte sensorielle complète d’un moment.
Et il associe à cette empreinte sensorielle une émotion mais ça on le détaillera plus tard.
Pourquoi tu ne verras rien pendant le jeu
Après le jeu, inutile de vous demander « est-ce que ça a marché ? ». Le résultat s’inscrit dans vos réflexes, et vous le verrez plus tard, dans la réalité, sans y penser — le jour où vous croisez ce chien et où, à votre grande surprise, vous avez juste envie de le caresser.
Le protocole, étape par étape
1. Un seul événement à la fois
Choisissez une seule émotion, liée à un seul événement — idéalement un moment dont vous gardez un souvenir sensoriel précis (ce que vous avez vu, entendu, senti). S’il n’y a pas d’événement fondateur clair, un moment récent où vous avez ressenti cette peur suffit très bien.
2. Un environnement calme
Installez-vous dans un endroit tranquille et neutre, sans bruit qui perturbe (sirène, musique, interruption). Pas besoin d’ambiance particulière : le calme suffit.
3. Le jeu lui-même
En vous rappelant l’événement, vous suivez un point des yeux, de gauche à droite et vous écoutez une alternance de sons dans un casque.
Vous vous demandez simplement : « Qu’est-ce que vous avez vu ? Qu’est-ce que vous avez entendu ? » Si vos yeux décrochent ou votre tête bouge, un message vocal vous dit « attention », et vous revenez bien sur le point et les sons.
Puis on marque une pause, vous regardez l’écran blanc, vous respirez et vous reprenez quelques 20-30 secondes. Vous répètez ça 4 à 6 fois, tant que c’est confortable.
4. On laisse tomber
Une fois fini, vous n’y repensez pas, vous ne cherchez pas à vérifier. Vous testerez dans la réalité, plus tard, quand l’occasion se présente d’elle-même.
Les trois règles d’or
1. Un seul événement à la fois. Pas un inventaire de toutes vos peurs.
2. Un cadre calme. C’est le calme et la sécurité du lieu qui porte le travail, pas la performance.
3. Vous ne rationalisez jamais après. Ni pendant, ni après : on laisse le cerveau profond faire, sans contrôle du mental.
Une précaution simple, pas une mise en garde
Ce jeu est doux : vous restez dans une pièce calme, au présent, vos yeux qui bougent vous ramènent constamment ici et maintenant.
Si une émotion plus forte que prévu remonte, vous vous arrêtez simplement, vous respirez, vous regardez autour de vous — rien n’oblige à aller plus loin.
Pour un souvenir simple (une peur d’un chien, une appréhension d’examen), c’est fait pour être pratiqué seul.
Pour un événement très lourd (violence, deuil brutal, traumatisme profond), mieux vaut être accompagné, non pas parce que la technique est dangereuse en soi mais parce qu’un accompagnement aide à doser l’exposition sur les souvenirs les plus chargés.
Récapitulatif
Étape
Ce qu’on fait
Point de vigilance
1. Choisir
Un seul événement, une empreinte sensorielle précise
Ne pas mélanger plusieurs peurs
2. S’installer
Environnement calme, sécurisant, sans interférence
Pas de musique ni de bruit accrocheur
3. Jouer
Suivre un point des yeux ou un son alterné, 4 à 6 fois
S’arrêter si les yeux décrochent, faire une pause
4. Laisser tomber
Ne pas vérifier, ne pas rationaliser
Le résultat se voit plus tard, dans l’action
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Cette semaine, choisissez un petit inconfort — pas votre plus grande peur — et faites le jeu une seule fois, dans le calme. Vous n’avez rien d’autre à faire ensuite qu’à vivre votre semaine normalement.





